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SUR LA CULTURE DES SABRES JAPONAIS

Comment devenir apprenti-forgeron de sabre?
Fabriquez-vous d’autres armes à part des sabres longs, tel que des tanto ou wakizashi?
Qu’est-ce que le shinsa et les « papiers » et pourquoi y accorde-t-on autant d’importance?
Combien y a-t-il de forgerons de sabre aujourd’hui?
Est-ce que n’importe qui peut acheter de l’acier tamahagane et fabriquer des sabres au Japon?

SUR LES SABRES JAPONAIS

Pourquoi les sabres japonais sont-ils si célèbres?
Quelle est la différence entre une lame faite à la machine aujourd’hui et un sabre traditionnel?
Est-ce que les sabres traditionnels fabriqués aujourd’hui sont un type à part?

SUR LA FABRICATION DES SABRES JAPONAIS

Combien de temps est-ce que ça prend pour fabriquer un sabre de la matière première à la préparation pour le polissage?
Quelle partie de votre travail prend le plus de temps?
Combien de temps requiert le polissage?
Est-ce que le polissage est toujours réalisé par un professionnel ou si le forgeron peut aussi le faire?
Y a-t-il eu quelque chose que vous croyiez qui serait facile mais ne le fut pas?
Y a-t-il eu quelque chose que vous croyiez qui serait difficile mais ne le fut pas?
Si un sabre est craqué ou cassé, peut-on le récupérer?
Est-ce qu’une sabre peut être aiguisé de nouveau une fois endommagé durant le combat?
Fabriquez-vous des sabres d’un seul style ou essayez-vous plusieurs écoles et différents styles?
Est-ce que les autres armes japonaises comme les lances ou naginata sont fabriquées avec les mêmes techniques que les sabres?


SUR LA CULTURE DES SABRES JAPONAIS

« Comment devenir apprenti-forgeron de sabre? »

(ou apprenti dans tout autre métier classique d’ailleurs)
En étant très patient.
Puis en lisant ces pages.

« Fabriquez-vous d’autres armes à part des sabres longs, tel que des tanto ou wakizashi? »

Les forgerons de sabre japonais fabriquent toutes les armes des samurai: toutes les lames et parfois d’autres aussi (jutte, suntetsu, tetto, kabuto-wari, etc). Nous sommes en fait les forgerons d’arme de la tradition japonaise.

« Qu’est-ce que le shinsa et les « papiers » et pourquoi y accorde-t-on autant d’importance? »

Dans tous les domaines d’antiquités existend des experts qui offrent leurs services afin de permettre d’évaluer l’authenticité et la qualité d’une pièce. Qu’il s’agisse d’égyptologues ou d’experts japonais, chacun travaille dans sa branche de spécialité

Un shinsa est une session d’expertise. Dans le cas des sabres, montures de sabre ou autre antiquité de samurai, ils sont tenus par des organisations comme la NTBTHK, laNTHK, la NTHK-NPO, et d’autres moins connues, plus locales à travers le Japon. (la toute nouvelle NBSK n’offre encore aucun service de shinsa).

Les shinsa sont tenus à des périodes prescrites. Les sabres ou autres objets sont soumis et passent par un processus examinatoire. Le résultat est établi et, si la pièce est considérée authentique, un certificat, ou kantei-sho, peut être produit.

Les collectionneurs occidentaux mettent beaucoup d’emphase sur la présence ou l’absence d’un tel certificate, ou «papier», avec un sabre ou une pièce de monture donnée, tandis que les Japonais ont plutôt tendance à faire confiance à leurs connaissances ainsi que leur marchand habituel. Au Japon il est considéré gênant de s’intéresser au papier d’un sabre, ainsi démontrant son incapacité à juger par soi-même.

La vérité est que très peu d’individus on les connaissances nécessaires permettant de correctemetn juger une lame, mais il est aussi vrai que de trop s’en remettre aux certificats constitue un grand risque et peut empêcher de pleinement profiter d’un sabre. Il est important de garder à l’esprit que les kantei-sho produits à une session deshinsa ne sont, en bout ligne, qu’une opinion humaine faillible et influençable. Plusieurs cas d’erreurs ou de corruption ont été observés dans le passé.

« Combien y a-t-il de forgerons de sabre aujourd’hui? »

J’ai pris la pein d’appeler l’Agence des Affaires Culturelles afin d’obtenir une réponse précise. La réponse fut: « On ne garde pas de registre concernant le nombre exact. » Ça aurait pu être interprété comme un refus, mais la personne m’a quand même donné toutes sortes de statistiques et de nombres exacts sur l’enregistrement des lames et d’autres détails.

On s’entend généralement pour dire qu’environ 300 individus possèdent la licence nécessaire pour fabriquer des sabres au Japon. Cependant, on croit que  seulement une centaine sont en fait actifs à temps plein et que moins de la moitié de ce nombre en vivent bien.

« Est-ce que n’importe qui peut acheter de l’acier tamahagane et fabriquer des sabres au Japon? »

Non. Seuls les détenteurs de la licence de forgeron ont le droit de se procurer dutamahagane produit en coopération avec la compagnie Hitachi Materials, la NTBTHK et l’Agence pour les Affaires Culturelles seulement pour les forgerons de sabre japonais.

De plus, comme les sabres japonais sont à la fois une arme et leur fabrication une tradition de métier classique, seuls les détenteurs de la licence ont le droit de les fabriquer. Ils doivent aussi limiter leur production à deux longs sabres par mois ou leur équivalent (un wakizashi, ou sabre court, est considéré comme deux tiers et un tanto, or dague, un tiers d’un sabre long).

SUR LES SABRES JAPONAIS

« Pourquoi les sabres japonais sont-ils si célèbres? »

Bien qu’ils fut à l’origine fabriqués comme de simples armes, un peu à l’image des autres métiers au Japon, leur fabrication a été élevée en un art raffiné. Plus de cents sabres japonais ont été déclarés Trésors National, un fait inexistant dans d’autres parties du monde.

On apprécie les sabres japonais pour plusieurs raisons selon les goûts de chacun. Tous, par contre, sont d’accord sur les points suivants:

  • Les technologies utilisées dans leur fabrication est au-delà de la compréhension complète des scientifiques modernes: on comprend, mais on ne peut reproduire les chef d’oeuvre des anciens temps.
  • Les habiletés nécessaires pour fabriquer avec succès un sabre demndent une vie de pratique à plusieurs individus. En effet, un seul sabre requiert de cinq à huit artisans pour être complété.
  • D’un point de vue esthétique, les sabres japonais présentent un certain nombre de points qui plaisent à l’oeil: une élégante courbure, de fines lignes, le grain de l’acier, comme dans le bois, puis la marque de trempe, ou hamon, une caractéristique unique. De plus, les montures du sabre japonais sont un univers en elles-mêmes et plusieurs collecteurs ne concentrent que sur cet aspect.

Mais les mots ne remplaceront jamais l’expérience de voir un sabre! Prenez toutes les opportunités que vous aurez pour voir des chefs d’oeuvre dans des livres, des musées et faites attentions aux lignes, à la texture de l’acier ou la marque de trempe, et à l’age, puisque la plupart des bonnes lames sont vieilles de plusieurs siècles.

« Quelle est la différence entre une lame faite à la machine aujourd’hui et un sabre traditionnel? »

Voilà une question à la fois bien simple et très complexe! De façon générale, tous les sabres japonais sont les mêmes. Ils ont tous un seul tranchant, une courbure, tout ce qui fait la « forme typique du sabre japonais ». Mais qu’est-ce qui fait que certains collectionneurs paient le prix d’une maison pour certaines lames et même pas celui d’une planche pour d’autres? Quelle est la différence entre vin de dépanneur et un grand cru? Après tout, ils ne sont tous deux que du jus de raisin pressé et fermenté.

Entre la médiocrité et les chefs d’oeuvre, tout est dans les détails. Nous séparons d’abord les sabres faits de matériaux modernes de ceux des techniques traditionnels. Le but des derniers est de préserver la tradition, rien d’autre, tandis que celui des premiers est de performer économiquement ou utilitairement lors de tests.

Les sabres traditionnels sont fabriqués afin de bien performer à l’intérieur des limites technologiques de la tradition. Tout est fait à la main, en commençant par l’acier lui-même, la forge, le polissage final et les montures d’un sabre. Aussi, ils ne devraient non seulement être fabriqués pour ne point casser ni plier et bien couper, mais aussi pour plaire à l’observateur tel qu’un objet d’art.

« Est-ce que les sabres traditionnels fabriqués aujourd’hui sont un type à part? »

Notre travail est de préserver une tradition. Aujourd’hui les sabres sont inutiles en tant qu’armes. On pourrait fabriquer des lames bien plus performantes, plus solides et incassables avec des alliages modernes. L’idée est de créer ces chef d’oeuvre avec les techniques médiévales. Nous reproduisons ou nous inspirons d’écoles anciennes. Il est toutefois vrai que les sabres modernes sont appelés Gendaito. Même si nous tentons de travailler à l’intérieur des limites de la tradition, tout ce qui est fabriqué par des individus présentera des traits individuels et il est ainsi impossible pour un sabre nouveau d’imiter un autre de 700 ans.

SUR LA FABRICATION DES SABRES JAPONAIS

« Combien de temps est-ce que ça prend pour fabriquer un sabre de la matière première à la préparation pour le polissage? »

On m’a souvent demandé et j’ai pris de le temps de calculer le temps exact passé à fabriquer un sabre. J’ai évalué qu’il y a environ l’équivalent de six semaines (environ 35-40 jours) dans la partie du forgeron. Le problème de cette question est qu’aucun sabre n’est jamais fabriqué du début à la fin d’un seul coup.

Imaginez un pottier: il peut prépare de l’argile pour l’équivalent d’un mois de production, tourner des pots pour une semaine, mélanger une nouvelle glaçure pendant qu’ils sèchent, retourner à ses pots, pétrir plus d’argile, etc…
— Combien de temps ça vous prend pour faire un pot ?
— euh…

(et la réponse serait n’importe où entre un jour et un an et la télévision affirmerait que « ça prend plusieurs années pour faire un pot! »)

On travaille sur plusieurs lames en même temps. On fait des erreurs. On fait de la recherche. Puis les lames doivent visiter d’autres artisans afin d’être complétées et ces artisans ont leur propre horaire. On livre normalement un sabre entre un et quatre ans après le placement de la commande, mais ça ne prend pas autant de temps pour faire une seule lame.

Dans l’ancien temps, les forgerons travaillaient dans des ateliers où des centaines d’artisans étaient spécialisés en un aspect de la fabrication. On y trouverait des forgerons, des trempeurs, des limeurs…

« Quelle partie de votre travail prend le plus de temps? »

Ça dépend de qui travaille et de quelle technique il a choisi. Toutefois, tanren et kaji-oshisont les étapes les plus longues.

Tanren. Le forgeage-pliage, ou pétrissage en quelque sorte de l’acier brut afin de le préparer et le transformer en une matière utile. Selon les techniques et la définitions du début et de la fin de tanren, ça prend environ de deux à cinq jours pleins (« pleins » voulant dire manger en forgeant, sans blague)

Kaji-oshi. Tout le travail effectué après la trempe d’un sabre. Ça implique le redressage, l’ajustement de la courbure, le raffinement des lignes et des plans, la gravure de rainures, etc. Les dernières étapes de kaji-oshi et les premières étapes du polisseurs sont en fait les mêmes. Ils doivent se chevaucher afin de que le polisseur puisse bien reprendre le travail du forgeron.

« Combien de temps requiert le polissage? »

Les polisseurs prennent environ dix jours pour compléter leur part du travail, tandis que les fabricants de saya et habaki un peu moins. Cela dépend de qui, du style et du niveau de travail. Au début du XXe siècle, le standard des polisseurs étaient une journée par sabre! Je me demande ce qu’ils faisaient exactement.

« Est-ce que le polissage est toujours réalisé par un professionnel ou si le forgeron peut aussi le faire? »

L’apprentissage d’un forgeron de sabre dure entre cinq et sept ans. Celui d’un polisseur est dix. Je ne crois pas que la plupart des gens puissent devenir compétent dans les deux (ou n’importe quel deux) métiers dans une seule vie. Quelqu’un avec la bonne force d’esprit et le focus (dans les lignes de « travail avant femme, avant enfants, avant argent, avant manger, avant maison, avant santé ») pourrait y arriver, mais je ne vois pas la motivation. Même DaVinci ne terminait jamais ce qu’il commençait et a perdu beaucoup de support ainsi. Ce n’est pas cinq d’apprentissage puis la liberté, mais plutôt trente ans de travail stable, rigoureux, afin d’arriver à un niveau intéressant, sans blague. Alors non, les forgerons ne polissent pas et les polisseurs ne forgent pas.

« Y a-t-il eu quelque chose que vous croyiez qui serait facile mais ne le fut pas? »

La coupe du charbon. C’est un art, sans blague.

« Y a-t-il eu quelque chose que vous croyiez qui serait difficile mais ne le fut pas? »

L’horaire de travail de mon maître au départ.
Quant au travail lui-même, tout est difficile. Très difficile.

Comme Kawachi l’a dit: « Tout est difficile si tu le fais pour vrai. » C’est exactement ça. Même le travail le plus insignifiant devient très complexe, et une véritable source d’émerveillement, si on s’y donne corps et âme.

« Si un sabre est craqué ou cassé, peut-on le récupérer? »

On peut seulement le raccourcir de la soie et non de la pointe. On ne peut donc fabriquer quelque chose qu’avec la portion non endommagée entre la pointe et la partie endommagée. Si vous avez une craque à 10cm de la pointe, vous pouvez fabriquer un ouvre-lettre. Si la craque est près de la base, on peut fabriquer un sabre plus court ou une dague.

On peut toujours recycler l’acier, mais très peu le font. Ça implique énormément de travail, c’est coûteux et le rendement est mauvais.

Une craque ne peut être réparée, mais un pli peut l’être.
(vous pouvez aussi appliquer du ruban adhésif, mais un connaisseur ne s’y laisserait pas prendre ;-)

« Est-ce qu’une sabre peut être aiguisé de nouveau une fois endommagé durant le combat? »

Les sabres peuvent être et sont ré-aiguisés: c’est le travail du polisseur. Cependant, l’aiguisage implique la perte de matière et ainsi la lente descruction du sabre: le moins possible.

« Fabriquez-vous des sabres d’un seul style ou essayez-vous plusieurs écoles et différents styles? »

Présentement en apprentissage, j’étudie donc toutes les écoles et périodes de l’histoire. Éventuellement, on trouve un style dans lequel on choisit de pousser la recherche. C’est important pour évoluer: avoir un focus et progresser, sinon on n’avance jamais.

« Est-ce que les autres armes japonaises comme les lances ou naginata sont fabriquées avec les mêmes techniques que les sabres? »

Elles sont fabriqués exactement par les mêmes techniques, seulement d’une autre forme!